Lundi matin …

La semaine démarre, je suis sur le chemin du retour et comme à chaque fois, je fais le point avec moi-même sur le week-end de formation qui vient de se terminer.

Il faut dire que ce week-end n’était pas de tout repos, c’est le deuxième de la nouvelle promotion et c’est un week-end « bascule » comme je l’appelle.  En général, après celui-ci, les gens décident de rester ou de partir …

Et c’est là que se pose mon plus grand dilemme : « Dois-je rester moi-même, ou un simple délivreur de contenu » ?

Pourquoi cette question ?

Pour ceux qui me connaissent, il y a déjà certainement un sourire aux lèvres …

Ceux qui me connaissent et sourient, vous diront que ce n’est pas possible d’être un simple délivreur de contenu …

Tout au long de ma vie, de ma carrière professionnelle (et même parfois en dehors), je suis connu comme quelqu’un qui a l’habitude de « confronter » les gens que je rencontre, pas à moi, ni aux autres, mais d’abord à eux mêmes …

Et c’est là, que ça passe ou ça casse.

Donc ce matin, après avoir passé deux jours à confronter les participants à eux-mêmes, parfois de manière forte, mais toujours avec sincérité, authenticité, élégance et surtout bienveillance, je me remets en question, moi aussi, pour savoir si j’ai bien fait…

Je serais tellement déçu que certains abandonnent, non pas car il y aurait moins de personnes en formation, mais parce que je n’aurais pas su faire passer « le message ».

Bien sûr, je ne peux pas plaire à tout le monde, j’en suis conscient, mais au-delà de ça …

Quand je vois et ressens toute l’énergie que je mets au service des autres, une partie de moi ne peut pas s’empêcher d’être déçu de ne pas permettre aux gens de comprendre le sens qu’il y a derrière leurs propres confrontations, et se donner l’opportunité d’aller au-delà de leurs limites, d’être curieux à propos d’eux-mêmes.

Et puis je décide de passer un coup de fil à un ami, sans doute en discuter ensemble me permettra de questionner ma manière de faire, de dire, …

Faire évoluer ma manière de transmettre mon savoir, m’adapter aux besoins des participants, c’est essentiel …

Je ne pourrai changer qui je suis et une partie de moi, «sentira» toujours quand c’est le bon moment de «balancer» des choses qui parfois, font mouche, ou pas, mais toujours dans l’intérêt des personnes présentes.

J’ose croire que les gens me font confiance pour cela, depuis tout ce temps, et apparemment cela à l’air de fonctionner quand je reçois des témoignages que même après 10 ans …ce que j’ai transmis sert toujours …

En même temps, je réalise que la diversité de mon public m’oblige à respecter une grande rigueur intellectuelle dans le sens où, même si un grand nombre de personnes viennent à la formation pour leur propre développement personnel et n’engagent finalement qu’elles-mêmes dans ce processus, avec bien sûr, par effet de dominos leur environnement, ce qui, attention ne vous méprenez pas sur mon propos, est déjà une très lourde responsabilité, un nombre plus important y vient pour accompagner d’autres personnes dans le changement et c’est là que le souci éthique se pose avec d’autant plus d’exigence et de questionnement.

En effet, ai-je le droit, en tant que formateur, d’observer des incohérences, des mécanismes relationnels malsains, des conflits internes profonds non conscientisés sans les soulever en sachant que ces personnes ont l’intention d’en accompagner d’autres ?

Ai-je le droit de ne pas bousculer ces personnes pour les éveiller aux véritables enjeux de leur réalité en sachant qu’elles ont l’intention d’accueillir prochainement des personnes en difficulté ? 

Le Coach travaille avec l’humain, et pour cette raison, il est primordial qu’il ait été rencontrer, compris, désactivé ses démons, et qu’il soit constamment dans un chemin d’analyse et de questionnement par rapport à lui-même … Car ce chemin n’est jamais terminé.

Cette conscience et cette vigilance sont à elles seules une éthique.
Comment puis-je t’accompagner où je n’ai moi-même pas été ?
Comment puis-je prétendre t’accompagner dans la construction de ta nouvelle réalité si je suis toujours embourbé dans les pires aliénations de la mienne ? 

Les dégâts peuvent être terribles et au coeur de ma formation, je me dois dans l’espace-temps qui nous est imparti, de mettre tout en oeuvre pour que tu transmettes à ton tour l’Art du changement avec tout le respect et la compréhension que cet Art mérite et mon âme est blessée quand cet Art est bafoué, usurpé ou mal compris. 

Je reprends un café …

Une métaphore me vient : « Le forgeron peut-il apprendre à forger à l’apprenti sans le confronter au poids du marteau et aux éclats de la flamme ? » 

Comment faire sans provoquer ça et là quelques callosités sur les mains, car c’est de l’intérieur que l’on apprend que le geste n’est pas juste, que quelque chose n’est pas aligné, et ce n’est jamais le marteau ou la flamme qui ne sont pas alignées, c’est le geste de l’apprenti qui témoigne de ses défaillances.

Grandir n’est pas confortable, mais le sens de la vie n’est pas le confort, sinon attendons la mort dans un peignoir en molleton, mais ça n’empêche pas de mourir malheureusement ! 

Alors y-a-t-il mieux à faire que de se créer une version plus belle, plus libre et plus joyeuse de soi-même ?

Dans la vie, j’ai compris que 2 types de personnes ont la capacité de nous faire pleurer :

Celles qui ne nous ont pas aimé ET celles qui nous ont profondément aimé…

Je vous laisse, j’ai un coup de fil à passer…

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